Problématiques liées au funéraire PDF Imprimer Envoyer

L’étude des pratiques funéraires est un domaine qui fascine depuis bien longtemps. Comprendre quels étaient les gestes pratiqués par les populations anciennes sur les morts implique tout d’abord une réflexion personnelle sur la relation que doit avoir le chercheur par rapport à son objet d’étude. En effet, nous sommes face à un sujet qui peut être « glissant » et qui peut amener à des surinterprétations dangereuses. Nous devons assimiler le fait que notre grille de lecture culturelle doit être mise de côté lorsque l’on analyse des données archéologiques. Les gestes que nous pratiquons n’ont pas forcément le même sens que ceux réalisés autrefois. Par exemple, on voit aujourd’hui un retour à la crémation. La crémation est une pratique funéraire qui a été utilisée il y a déjà bien longtemps et pourtant il est totalement impossible d’expliquer ce choix culturel de la manière dont on explique l’utilisation de la crémation à l’heure actuelle. Bref, il faut éviter de rentrer dans de trop grandes généralités qui nous amènent à identifier les cultures protohistoriques à la notre.

Différentes problématiques sont au cœur de l’étude du monde funéraire. La réflexion sur sujet a grandement évolué depuis les premières fouilles liées à ces structures. Nous avons appris à interpréter les données archéologiques avec logique et les progrès qui ont été faits dans des domaines utiles à l’archéologie (comme la géologie et micromorphologie) nous ont permis de comprendre certains faits interprétés de manière hasardeuse autrefois. Aujourd’hui, nous nous intéressons à des questions qui ont été jusque là considérées comme annexes et qui n’ont pas été réellement étudiées.

 

La nécessité d’une typologie précise des structures funéraires.

Les structures funéraires qui ont été découvertes sont très nombreuses et surtout très variées (pour plus de précisions, voir la partie « Données archéologiques »). On trouve des tumulus de toute taille, simples, à cercles de pierres, à zones empierrées, avec fossé… A côté de cela, on trouve des nécropoles de tombes plates, qui sont au cœur d’un grand débat depuis quelques années et des structures atypiques très peu connues.

Notre principale lacune concerne le manque d’études comparées des structures funéraires. Aucune véritable typologie n’a été faite. Les différentes structures ont été appréhendées mais réaliser une typologie complète exige un travail de longue haleine prenant en compte de nombreuses données (par exemple, pour un tumulus, il faudra connaître le diamètre de ce dernier, sa hauteur, le nombre de sépultures, l’existence et la nature de structures en pierres dans la masse tumulaire…).

Ce genre d’étude, nécessaire à la bonne compréhension des pratiques funéraires, reste difficile à réaliser dans le sud-ouest. En effet, les structures les plus complexes, que l’on trouve dans le piémont pyrénéen, ont été découvertes et fouillées à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle. A cette époque, il n’y avait pas de véritable méthodologie de fouille et l’intérêt des chercheurs se focalisait sur la découverte de la tombe centrale et du mobilier qu’elle renfermait. Heureusement, certains érudits se lançaient dans la description du tumulus, mentionnant couronnes de pierres et amas de galets. Malgré tout, il nous manque de nombreuses données pour envisager de réaliser une typologie valable.

 

La définition des gestes funéraires

La définition des gestes est l’objectif principal des études de structure funéraire. Les gestes funéraires englobent tout ce qui concerne le traitement du corps et la création de la sépulture. Là encore, l’ancienneté des fouilles semble être un obstacle mais après avoir repris nombre de publications, il s’est avéré possible de mettre en relation certaines descriptions. Ces description qui, prises une par une, n’ont pas vraiment d’intérêt, peuvent être source de remarques intéressantes dès qu’on les met en relation les unes avec les autres.

Pour mieux expliquer cela, voici un exemple : R. Coquerel a travaillé dans les années 1960 sur les sépultures du plateau de Ger. Ce dernier met en avant la découverte répétée de silex dans les tombes. A l’autre bout de l’Aquitaine, B. Peyneau, en réalisant des fouilles sur les sépultures de la basse vallée de la Leyre, arrive à cette même conclusion. Et pourtant, avant que je réétudie les anciennes publications en 2005, aucun parallèle n’avait été fait. Cela faisait plus d’un siècle que des silex grossièrement taillés étaient découverts et personne n’y avait réellement prêté attention. D’autres comparaisons de ce type pourraient être faites, mais elles ne seraient pas d’une grande utilité ici. Vous trouverez ces informations dans la partie « Données ».

Cependant, l’étude du geste funéraire se heurte à certaines limites. La première concerne encore une fois la fiabilité des données et surtout leur exhaustivité. La seconde concerne la conservation différentielle des vestiges archéologiques : érosion, ruissellement, terre acide sont autant de facteurs susceptibles de détériorer les témoignages de ces temps passés. Par exemple, on sait que de nombreuses structures interprétées comme funéraires n’ont pas livré d’ossements, ces derniers étant rongés par l’acidité et étant absorbés par les plantes. Toujours en reprenant les anciennes publications je me suis rendu compte que lorsque la finalité funéraire était remise en cause faute d’ossements, les vases cinéraires n’étaient jamais fermés par un couvercle. Il convient également de préciser que le poids d’ossements peut également varier selon le rite pratiqué : ramassage sélectif après incinération, traitement mécanique sur les os (broyage…).

Précisons avant de débuter que dans le sud-ouest, les défunts étaient incinérés et non inhumés. Vous trouverez dans la partie « le monde funéraire» des informations quant aux hypothèses de restitution des crémations.

 

La gestion de l’espace sépulcral

La vision que nous avons aujourd’hui d’une nécropole, surtout lorsque cette dernière est complexe, correspond à un enchevêtrement de différentes phases qui se sont succédées dans le temps. L’objectif de l’étude de la gestion de l’espace sépulcral est de remettre de l’ordre dans ce désordre apparent et permettre de savoir comment se développait la nécropole à une époque donnée. Quand cela est fait, on peut obtenir des informations concernant par exemple les regroupements de sépultures, les zones de « vide » pouvant correspondre à des espaces de circulation. D’autres données sont intéressantes : l’absence totale, dans certaines nécropoles pourtant importantes, de sépultures récentes recoupant des plus anciennes atteste la lisibilité de la nécropole. Cela peut impliquer l’existence de signalisations des tombes, signalisations qui ont disparu aujourd’hui.

L’anthropologie est une discipline de première importance dans la définition de la gestion de l’espace sépulcral. En effet, il est important de chercher des critères discriminants dans le placement des sépultures : sexe ou âge au décès par exemple. L’anthropologie nous aide énormément, même lorsque l’on étudie des incinérations (si ces dernières livrent un matériel osseux suffisant).

 

La chronologie par l’étude du mobilier

Le travail sur les pratiques funéraire doit toujours être complété par une étude du mobilier découvert dans les tombes. Pour le sud-ouest de la France, la dernière étude céramologique de grande ampleur a été menée par J.-P. Mohen dans les années 1980 (L’Age du Fer en Aquitaine, du 8ème au 3ème siècle avant J.-C.). Depuis, seuls des travaux micro-régionaux ont été réalisés, et ils restent rares. En ce qui concerne le mobilier métallique, il convient de citer L. Dhennequin (L’armement dans le sud-ouest de la Gaule au début de l’Age du Fer).

De plus, une nouvelle étude d’ampleur impliquerait un nouveau travail sur les collections, alors même que certaines ont disparu depuis longtemps. La tâche serait bien difficile, demanderait énormément de temps, mais n’est pas impossible malgré tout.

 

L’interprétation des données : la définition de groupes régionaux.

A terme, en étudiant de manière exhaustive toutes les données qui sont exploitables, nous essayons de définir des groupes régionaux, caractérisés par leurs pratiques funéraires, leurs productions céramiques et métalliques etc… Dans notre région, il ne nous est pas possible d’intégrer des données relatives à l’habitat car ces derniers sont mal connus.

Nous préfèrerons le terme « groupe régional » à celui de « groupe culturel » car cette dernière expression est relative à une réalité qui nous échappe. La notion de culture est complexe et à mon avis, elle ne peut véritablement être utilisée en archéologie, dans le sens où nous ne sommes pas en mesure d’avoir une idée exacte des populations. En effet, une culture ne se définit pas uniquement par des acquis matériels mais également par des choses qui ne nous sont pas accessibles. Par exemple, pour parler d’un groupe culturel, il est nécessaire que ce groupe se reconnaisse comme tel. Ce type d’information est inabordable pour les archéologues. Vous comprendrez donc que le terme « groupe régional » est plus adapté, car il n’englobe pas cette notion si problématique de culture. Le groupe régional se définit uniquement grâce aux données archéologiques récoltées : production céramique, production métallique, pratiques funéraires … etc…

 

Conclusion

Le domaine funéraire concernant l’Age du Fer dans le sud-ouest a été exploité anciennement ce qui nous prive en partie d’informations qui nous seraient bien utiles aujourd’hui dans la définition des pratiques funéraires. Cependant, on peut espérer que les découvertes réalisées récemment permettront ne mettre à jour certaines données et qui sait, peut-être nous amener à étudier de nouveaux axes de recherche.

 
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