Problématiques de l'habitat PDF Imprimer Envoyer

 

L’habitat protohistorique est très mal appréhendé dans le sud-ouest. De manière générale, notre région est en retard par rapport à celles qui l’entourent. Les chercheurs sont relativement rares et la plus grande partie du travail est réalisé par les associations. De plus, dans une région où les structures funéraires sont nombreuses, l’intérêt pour l’habitat ne s’est développé que de manière tardive. Aujourd’hui, ce domaine est au centre de la recherche archéologique. Et pourtant, par chez nous, les recherches manquent… Il faut aussi réaliser que la définition d’un réseau d’occupation du sol n’est pas chose aisée. Alors que les enceintes ou nombreux « camp de césar » sont connus depuis fort longtemps, les habitats de moindre ampleur ne peuvent être caractérisés que par une prospection systématique ou par un bon coup du hasard.

 

La conservation de l’habitat

L’habitat protohistorique est généralement conçu en matériaux périssables. Jusqu’à présent, les habitats proposant des structures bâties en pierre sèche sont très rares. N’imaginons pas pour autant des peuples barbares incapables de construire autre chose que des huttes ! Les découvertes réalisées dans d’autres régions ont montré que certaines constructions sont parfois de très grande ampleur et je ne suis pas sûre que nous puissions aujourd’hui égaler ces bâtisseurs. Malheureusement, les traces laissées par ces constructions sont minimes : sablières basses et trous de poteaux sont les principaux indices qui permettent de déterminer l’emprise d’un bâtiment. Ajoutons avant d’entrer dans le vif du sujet que chaque habitat est dépendant des ressources qui l’entourent. Il n’est alors pas étonnant que les rares constructions de pierres soient situées dans des zones présentant des plateaux calcaires ou à proximité de la montagne. Il semble clair que dans le triangle landais, il y a peu de chances de découvrir de telles structures.

De plus, certains sols ne nous permettent que difficilement d’appréhender les structures en creux : les creusements dans le sable sont indécelables, sauf s’ils livrent un abondant mobilier ou si, avec un peu de chance, un poteau a brûlé dans son trou. Autre indice : les pierres de calage de poteaux. Ces dernières nous sont d’une aide précieuse quant il s’agit de définir la localisation des trous de poteaux mais elles ne nous permettent pas d’en appréhender le profil. Les limons sableux de la vallée de la Garonne peuvent avoir les même travers, ce qui est très problématiques lorsque l’on tente d’étudier des habitats de grande ampleur. Il est ausi possible que les maisons n'aient pas eu de fondations, comme c'était le cas dans les Landes au siècle dernier.

Vous vous demanderez alors ce qui nous reste pour tenter d’appréhender les habitats. Les sols peuvent être facilement identifiables, surtout lorsqu’ils sont constitués d’étendues de galets. Mais si les trous de poteaux ne sont pas visibles, il reste difficile de dire que le sol correspond à l’ensemble du bâtiment. Il peut aussi arriver que suite à des évènements que nous ne connaissons pas (incendie, tempête…), un habitat puisse être détruit et nos offrir une sorte d’arrêt sur image. Les cas sont toutefois bien rares mais nous apportent généralement des informations importantes : en effet, le bois calciné se conserve. On peut également découvrir les céramiques écrasées sur place, ces dernières nous donnant des indices supplémentaires nous permettant de définir l’espace de l’habitat.

 

Définir un habitat

 

On cherche toujours à classer les habitats en différentes catégories correspondant à l’importance politique et économique que l’on attribue à ces derniers. Toutefois, nombre de sites n’ont pas été étudiés et leur distinction est basée sur des critères tels que la taille, l’implantation topographique, la présence ou non de fortifications et le mobilier découvert en prospection (lorsque prospection il y a eu). Ce genre de classification reste pratique bien que souvent promis à des corrections induites par de futures recherches.

Nous donnerons en exemple la classification proposée par P. Gardes et ses collaborateurs dans l’article : « Le second âge du Fer en Aquitaine orientale. Apport des recherches réalisées récemment dans le Gers et ses marges », Les Ages du Fer dans le sud-ouest de la France, 28ème colloque AFEAF, Toulouse, 2004, Bordeaux, 2007, p.183-207. Nous tenterons toutefois de faire abstraction des caractéristiques topographiques purement gersoises.

 

- Agglomérations principales : elles occupent des positions privilégiées (situation dominante dans le paysage ou carrefour de routes par exemple) et couvrent des surfaces importantes d’une ou plusieurs dizaines d’hectares. Avec beaucoup de prudence, il semble que l’on puisse dire que ces habitats sont organisés en quartiers ou tout du moins en zones artisanales spécialisées (le manque d’informations reste toutefois problématique quant à cette hypothèse). La continuité de l’occupation est également un facteur important : témoignages d’installations plus anciennes du Premier Age du Fer et pérennité durant l’époque gallo-romaine, notamment avec la transformation de certains habitats en chefs-lieux de cité. On peut aussi caractériser ces habitats par la diversité du mobilier retrouvé, notamment la forte présence d’amphores.

 

- Agglomérations secondaires : ces sites sont généralement mal interprétés ou sous-évalués. Leur superficie couvre 2 à 10 hectares et certains correspondent à des habitats de hauteur fortifiés. Ces sites présentent des activités polyvalentes et l’agriculture semble jouer un rôle de premier plan (fréquence des éléments de meunerie et des structures de silos). L’artisanat y est attesté (officines de potiers, ateliers de métallurgistes). Ces sites produisent à la fois des produits de subsistance mais ils devaient avoir une importance au niveau des échanges locaux et régionaux. On y trouve une certains quantité d’objets importés (amphores et vaisselle).

 

- Etablissements ruraux : ce sont les sites les moins clairement définis faute de fouilles. Ils couvrent une superficie aux environs de 1000 mètres carrés et livrent un mobilier à fonction clairement agricole. L’archéologie aérienne a fait apparaître des enclos.

« Cette classification de sites n’est que provisoire. Elle repose sur une documentation déséquilibrée où les données de fouilles sont beaucoup trop rares pour accréditer les interprétations fondées sur le résultat de prospections. » p.194.

 

La hiérarchisation des sites entre eux.

 

Cette question fait l’objet de débats intéressants. En effet, qu’est ce qui nous permet d’affirmer qu’un habitat est plus important qu’un autre ? Généralement, lorsqu’il n’y a pas de fouilles sur lesquelles se baser, les chercheurs ont tendance à faire jouer l’ampleur de l’habitat et sa situation géographique. Mais cela n’est pas suffisant : la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’existence de véritables villes protohistoriques. Ce qui implique bien sûr de connaître la véritable définition de ville… et c’est là que les choses se compliquent, car une ville se définit par des éléments qui ne sont pas forcément visibles par l’archéologue.

H. Galinié, qui travaille sur le Haut-Moyen Age et qui avait été invité au dernier colloque de l’AFEAF (Association Française pour l’Etude des Ages du Fer) nous avait proposé sa propre vision de la ville, en se basant sur ses expériences et connaissances. Pour lui, la ville doit réunir trois types d’activités :

- Les activités primaires, que l’on peut qualifier d’activités de subsistance.

- Les activités secondaires, qui impliquent l’existence d’une production dédiée à l’échange.

- Les activités supérieures, relatives au fonctionnement de la ville et à sa direction.

 

Si les deux premières catégories peuvent être identifiables, notamment par la découverte d’ateliers d’artisanat ou de lieux liés à l’activité agricole, la dernière est plus problématique. Dans l’absolu, les chercheurs ont tendance à imaginer une ville principale, de laquelle dépendent des agglomérations secondaires puis un habitat plus dispersé. Cependant, même si ce schéma s’avère exact, il nous aujourd’hui difficile de comprendre les liens qui unissent ces différents pôles et les subdivisions de chaque catégorie.

Et ce n’est malheureusement pas dans notre aquitaine sub-garonnaire que nous résoudrons ce genre de problème, car, à l’heure actuelle, si la hiérarchisation proposée par l’équipe de travail de Philippe Gardes paraît plausible, elle reste unique et ne peut en aucun cas être appliquée au reste de l’Aquitaine.


Conclusion

Nos connaissances sur l’habitat sont extrêmement lacunaires. Nous ne pouvons aujourd’hui que proposer quelques hypothèses sachant bien que la plupart seront remises en cause rapidement par la découverte de nouveaux sites. L’idéal serait de pouvoir étudier de manière intégrale les terroirs aquitains mais là encore les choses ne se passent pas comme l’on aimerait qu’elles se passent : la recherche dans notre région évolue grâce aux bénévoles qui, sur le terrain, découvrent de nouveaux sites mais qui font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont. Il est à craindre que sans une nette évolution des cadres de l’archéologie, les choses n’aillent pas en s’améliorant. Quoi qu’il en soit, la recherche concernant les habitats n’en est qu’à ses balbutiements et nous serons peut-être surpris, dans quelques temps, par les heureuses découvertes qui ont été faites et ce qu’elles impliquent.

Il nous faut également traiter d’un point important : nous ne pouvons pas créer de schéma global pour une zone aussi contrastée que celle que l’on étudie. On se rend rapidement compte que les différents milieux peuvent impliquer une occupation de l’espace réfléchie. Nous ne pouvons en effet comparer les terres riches de l’Aquitaine méridionales aux pauvres sols sableux de la Grande Lande. Et pourtant, les indices archéologiques abondent dans chacune de ces zones mais il est difficile d’imaginer un habitat structuré de la même manière partout en Aquitaine : chaque région a son propre potentiel et l’on peut penser que l’organisation du territoire dépendait de ce dernier.

La classification que nous venons de montrer en exemple est valable pour une zone géographique et pour une période bien définie, la fin du Deuxième Age du Fer (2ème et 1er siècles avant notre ère). Mais il est à l’heure actuelle impossible de savoir si cette subdivisions en divers types d’habitat peut correspondre à ce qui se passe au Premier Age du Fer par exemple, ni même au début du Deuxième. Nous restons donc dans l’expectative : il nous faut maintenant attendre de véritables fouilles sur les sites d’habitat afin de tenter de préciser les divisions proposées dans cet article où d’en créer des nouvelles, adaptables aux différentes périodes et aux différentes régions.

L’eau est aussi un élément qui permet la conservation des matériaux périssables. Ainsi, des habitats entiers ont été découverts. Le meilleur exemple concerne les différents sites sous les eaux du lac de Sanguinet.

 
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