Bon alors là, on sort carrément de la protohistoire mais c’est un sujet qui me passionne et qui a déchaîné les passions de bien du monde. Pendant plusieurs campagnes d’été, ces dernières années, une fouille a été ouverte sur un airial landais. Plusieurs sondages ont été réalisés dans le but de comprendre l’organisation de l’espace et son évolution au cours du temps mais également pour vérifier de quand datent les premiers airiaux. Vaste question qui mérite tout notre intérêt, à nous les Gascons des Landes, qui pour certains vivons dans ces airiaux.
Des datations dendrochronologiques ont été réalisées sur les différents éléments de bois constitutifs d’une maison qui allait être démontée. La fouille des niveaux archéologiques correspondant devaient donc nous éclairer et confirmer les datations proposées par la dendrochronologie. Et c’est là que tout s’est gâté. Alors que les plus anciens niveaux archéologiques ont été datés du début du 16ème siècle, la dendrochronologie donnait des dates beaucoup plus anciennes, les plus anciens éléments de bois étant datés de la fin du 13ème siècle. D’après la dendrochronologue, il ne s’agit pas de remplois de bois anciens. A la suite de ces datations, un lourd débat s’est ouvert entre les différents intervenants du projet, projet sous la tutelle du Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne.
Le colloque devait permettre de faire le point sur la question et on pouvait espérer un débat intéressant sur les résultats apportés et leur incompatibilité avec les données archéologiques. Sur la question intervenaient :
- François Lalanne, du Parc, qui devait présenter un sujet sur l’airial de Guiraute, ses habitants et son histoire. Malheureusement, le propre du sujet n’a que très peu été évoqué, au profit des recherches générales réalisées par monsieur Lalanne sur la question des airiaux. Une sorte de justicification de ce qui se passe aujourd’hui. Quelques remarques relativement alambiquées ont été relevée mais celle que je préfère : puisque que l’on voit que la représentation de l’airail de Batharière (entre Labrit et Luxey, un endroit magique dont on ne voit plus aujourd’hui que le puits en bord de route) varie très peu entre le cadastre 19ème, la carte de Belleyme et un plan du 17ème, il est probable que les représentations que nous avons des airiaux sur les documents du 19ème nous donnent une vision de l’état du 14ème siècle….. que dire…..
- Yan Laborie, qui a présenté les premiers résultats de fouilles de l’airial de Guiraute, de manière claire et précise. Honnêtement, rien à redire, c’était une présentation intéressante, notamment sur le déplacement de certaines maison au cours du temps. Bref, un vrai travail d’archéologie !
- Evelyne Ballion, architecte, nous a proposé une restitution des différents états du bâtiment en se servant des données dendrochronologiques obtenues par B. Szepertyski. Une simple remarque d’ordre archéologique concernant les dés d’assise de la maison : à mon humble avis, ce n’est pas parce qu’un dé est plus profond qu’un autre qu’il est plus ancien. Surtout quand après m’être renseignée j’ai su que les niveaux de sols déjà existants avaient été coupés nets pas la mise en place de ces éléments. Rien qu’avec ça, on peut déjà dire : TRAVAIL A REVOIR !
- Béatrice Szepertyski était censée nous présenter les résultats de ses datations… son absence a été jugée par tous bien regrettable… mais bon, pas de commentaire… Du coup, c’est H. Goulaze, du Parc, qui a dû lire les résultats car le power point était lui bien là. Deux choses à dire : 1. les attaques personnelles n’ont rien à faire dans un colloque, nous ne sommes pas là pour nous entretuer mais pour présenter nos résultats à un public qui n’a que faire de ces querelles. 2. De quel droit une personne censée être spécialiste en dendrochronologie se permet de reprendre les conclusions d’un archéologue en remplaçant les données de fouilles par ses propres résultats. Ce n’est absolument pas de votre ressort, madame, ne mélangeons pas tout ! Vous n’êtes pas archéologue !
-Bénédicte Boyrie Fénié, qui avait déplacé sa communication le samedi, présentait l’étude de la micro toponymie de Guiraute et de ses environs. Comme toujours, nous avons été face à une communication claire, très intéressante, agrémentée de quelques bouts de phrases en gascon, qui même si on ne parle pas la langue, étaient tout à fait compréhensibles. De plus, le sourire permanent de l’intervenante a véritablement ensoleillé la journée !
- Marie Pérès quant à elle devait présenter l’apport de la 3D à l’archéologie du bâti, communication que j’attendais avec impatience. Je pense que mes propos seront considérés comme durs mais honnêtement, son discours était risible, sur-intellectualisé et à la limite du supportable. J’ai participé à bien des colloques mais c’est la première fois que je suis confrontée à un discours si peu constructif, présenté par une personne qui est persuadée d’être brillante. Comme un de mes voisins me l’a justement dit : “on se demande comment on a pu monter Marquèze sans elle”. De plus, lorsque l’on réalise qu’un discours n’intéresse pas, on s’adapte à son public, mais pour ça il aurait fallu que cette jeune personne le réalise… Un peu de modestie n’a jamais fait de mal à personne. Une petite citation pour le plaisir “la poétique de l’espace, ce n’est pas de la poésie vous voyez”… on image le reste !
En conclusion, je vous dirai que je suis relativement déçue par ce dimanche de colloque. Aucun véritable débat n’a été mené, sûrement pour éviter l’inévitable : une confrontation brutale entre les deux partis. Dernier point : la maison qui a été démontée devrait être remontée à Marquèze. Une simple question : dans quel but ? Nous avons également été confrontés à une présentation d’un jeune architecte qui proposait la mise en place de documents multimédias présentant les données correspondant à cette maison… les données de B. Sepertyski ! Aucune remise en cause soit dit en passant !
Mais Marquèze nous apprend on, a été recrée selon les documents anciens afin que le visiteur ait une vision réaliste de l’espace de l’airial. Quand on est guide à Marquèze, et je sais de quoi je parle, on sait que l’organisation correspond à une division de l’espace réfléchie et reconnue par les spécialistes. L’intégration d’une nouvelle maison n’apportera rien et remettra totalement en cause cet espace rationnel. Le public n’aurait il pas été plus sensible à un regain d’animation, le public n’aurait il pas voulu se sentir changer de monde non pas grâce aux bâtiments mais en ayant l’impression d’être revenu dans un lieu vivant ?
On ne peut terminer que par les points de suspension…